DVD de notre voyage

Voilà déjà 4 mois que nous sommes descendus de l’alpage pour passer un hiver en plaine, avec cette fois un hiver plein de neige contrairement à l’Espagne.

Nous avons eu le plaisir de projeter le film de notre voyage lors du festival « Carnets de voyages » à Marly en novembre 2012. Suite à cela, nous avons réalisé plusieurs DVD que nous vous proposons :

Cliquer pour voir le lien avec la pochette, titre :

pochette DVD pdf p1

Il  contient de nombreuses séquences filmées, quelques commentaires, une description du parcours, et surtout la fraîcheur et la spontanéité d’un enfant de 3-4 ans.

N’hésitez pas à nous le commander et nous vous l’enverrons pour la somme de CHF 20.- ou € 18.- (frais de port non compris).

Cliquer pour voir le lien avec la pochette, résumé :

pochette DVD pdf p2

Pour cela, il suffit de nous envoyer un e-mail avec vos coordonnées à oseba@hotmail.ch.

Une saison en alpage

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Nous avons passé une saison comme garde-génisses aux chalets des Poutes-Paluds. Voilà en quelques mots l’expérience que nous avons vécue.

La saison commence par la préparation et la réparation des clôtures, travail d’extérieur en pleine nature. Nos ânes nous aident bien en portant fièrement les piquets sur les côtes escarpées de nos montagnes gruyériennes. Le silence de ce printemps naissant, mêlé à la presque solitude de cette vallée a quelque chose d’apaisant et de ressourçant.

L’éclosion du printemps est magnifique, chaque fleur, chaque plante, prend toute son énergie des racines pour se charger à la chaleur du soleil. Les chants des oiseaux offrent à nos oreilles une mélodie agréable.  Je n’ai jamais été aussi sensible au printemps que cette année. La nature est fragile et puissante, magnifique et généreuse, prenons-en exemple.

 

Le 8 et 9 juin 2012, nos génisses sont montées à l’alpage, au nombre de 60. Les montagnes sont alors bercées par le cling cling des cloches qui se promènent aux cous de nos nouvelles pensionnaires. La vallée prend ses allures de saison et, l’un après l’autre, les alpages se remplissent, soit de génisses, soit de vaches allaitant leur veau.

Nous faisons connaissance avec nos voisins et les jours défilent au rythme des bêtes et de la nature. Nos poules, venues durant le mois de mai, deviennent superbes à se pavaner dans les prés, mangeant au gré de leurs envies. Elles aiment la compagnie des génisses qu’elles suivent d’un côté ou de l’autre. Eliot a sa génisse préférée, Idole, ci-dessous.

Au début juillet, nous accueillons une petite parisienne par l’association «Feu et Joie». Belle expérience pour nous, mais surtout pour Grâce qui découvre la vie au chalet. D’abord un peu affolée par tous ces animaux (ânes, génisses, poules, chat, mouches, taons, guêpes…), elle les apprivoise petit à petit pour finalement en faire ses amis. Après avoir pris chacun leurs marques, Eliot et Grâce s’entendent à merveille et jouent ensemble à faire des tisanes ou soupes d’herbes, des crèmes à la terre, à rentrer du bois, à s’occuper des animaux, à se promener…

Du 10 juillet au 20 août, nous prenons nos quartiers au chalet du dessus. Déménagement, emménagement : nous avons peu de choses, mais il faut tout déplacer. Olivier nous fait une magnifique table en bois brut : des billons coupés en deux et assemblés. Cela permet quelques bonnes tablées, même si le froid de la mi-juillet nous a un peu cantonnés à l’intérieur (gla-gla). Nous profitons pour remercier toutes celles et ceux qui sont venus nous rendre visite. Cela a rempli notre coeur de bonheur. Après la saison des vacances, Eliot demande souvent : « on a des visites aujourd’hui ? »

La fin de la saison va vite et déjà, les bêtes descendent de notre alpage. Du 24 au 26 septembre 2012, nos trois troupeaux rejoignent la vallée du Motélon à pied. Eliot se plait à les pousser depuis l’arrière et sa voie (ou ses cris) annoncent notre arrivée de loin. Malgré sa fatigue d’avoir fait deux désalpes (et il a presque couru toute la descente) et une remontée à pied, il est heureux et fier d’avoir amené ses génisses en bas (et c’est peu dire).

Du haut de ses 4 ans et demi, c’est un vrai garçon de chalet qui sait (presque) tout faire : monter et démonter les clôtures barbelées et électriques, nettoyer l’écurie, faire du feu, cueillir les myrtilles ou les champignons, aider à la cuisine, inventer des recettes…

Il peut vous expliquer comment se passe une insémination et a vu naître une vachette. Cette dernière s’appelle Etoile, car c’est presque Eliot à l’envers (en ajoutant un e à la fin).

Une question que l’on nous pose souvent c’est : et vous faites quoi le soir ? (sous entendu sans la télé !). Première option : après une journée de travail en pleine air à crapahuter les pâturages, et bien le soir, on est fatigué et on va au lit tôt. Autre option : on prend goût au jeu et on fait quelques parties de cartes ou d’un autre jeu. Parfois, l’on s’assied simplement dehors et on contemple la nature. Ou on bouquine. Heureusement, le fait d’être un couple offre d’avantage de possibilité qu’un garde-génisses tout seul.

Et voilà, notre saison arrive à son terme. Nous sommes heureux de cette expérience en famille, heureux d’avoir pu passer du temps avec notre fils et de l’avoir vu évoluer au cœur de la montagne. Vivre le plus souvent en plein air pur, dehors, entouré de la nature merveilleusement belle, travailler selon notre convenance et à notre rythme est une chance inouïe. Même si cuisiner au fourneau à bois ou au creux du feu prend plus de temps, cela ne rend les repas que plus délicieux.

Prendre le temps de vivre (presque) en dehors d’Internet, de la circulation, du vite fait, du stress et surtout vivre plus simplement est un luxe que nous avons savouré, sans toutefois en avoir toujours conscience. Bien sûr, tout ne fut pas rose tous les jours, certains inconvénients et quelques coups de gueule nous ont parfois dépités (froid ou fumée dans le chalet, double déménagement, système sanitaire défaillant, salaire misérable). Malgré tout, cette expérience est largement positive et les souvenirs sont superbes.

Déjeuner dehors le 11 mai à 8h30 !

Quel bonheur !

Malgré la fraîcheur, le soleil nous réchauffe. De toute façon, il fait aussi chaud dehors que dedans, alors autant profiter du paysage !!

 

Pour après, nous cherchons activement une ferme, en Gruyère, à rénover, pas chère, avec un peu de terrain pour nous y installer avec nos ânes. L’annonce est faite,  merci de nous dire si vous connaissez quelqu’un qui connait quelqu’un qui connait l’endroit rare.

Nous allons projeter une vidéo de notre voyage lors du festival www.carnetsdevoyages.ch au CO de Marly (Fribourg), le dimanche 25 novembre 2012 de 13h30 à 14h15. N’hésitez pas à venir voir aussi d’autres projections (en plus, l’entrée est libre !).

Retour en Gruyère

Voilà enfin quelques nouvelles de la fin de notre voyage.

Oui, nous sommes rentrés. Nous avons fait un long voyage de retour, en voiture avec les ânes dans une bétaillère. Ce fut presque plus pénible que le trajet à pied en 6 mois. Enfin, disons très différent.

Le 26 mars, nous entamons le retour en  plusieurs étapes en retrouvant des amis rencontrés en chemin. Nous pouvons vraiment dire des amis, car les rencontres sont teintées de vérité, de profondeur, d’émotions.

Arrivés en Suisse le 3 avril, que voit-on ? La pluie bien sûr, qui nous avait quittés depuis presque 5 mois. Alors commencent d’autres retrouvailles, celles de la famille, de notre terre helvétique, du franc suisse et encore d’expressions très locales comme les gouilles, le chenis, huitante, …

Le 6 avril à Puplinge (Genève), nous avons une grande fête de famille du côté d’Olivier.

Mais le vrai retour pour nous est celui du samedi 7 avril, en terre gruyérienne. Les amis et la famille nous accueillent par une belle fête surprise, tout le monde est là… ou presque. Ballades en âne pour les enfants, causettes pour les plus grands, lapins en chocolat pour Eliot. Notre bonhomme est tout intimidé de voir tant de monde et s’accroche à quelques bras mieux connus ou reconnus.

En effet, les souvenirs d’Eliot sont un peu éparses. Pour lui, tout semble nouveau, les lieux, les paysages. Il a un peu gardé le souvenir de certains visages, aidé par le jeu de mémori que nous avions créé avant le départ.

Alors ce voyage, c’était comment ? 

… Comment résumé une année de voyage ? En disant tout simplement que c’était sublime, magnifique, génial. Pleins de souvenirs peuplent notre mémoire et nos sens. Nous en sommes pétris et certainement changés, dans notre style de vie, dans nos relations, dans notre manière d’appréhender le monde et la vie…

Et si c’était à refaire ?

Oh oui ! Sans hésiter. Même si, pour le moment, l’heure est au retour et aux retrouvailles. Qui sait, un jour peut-être … certainement …

Un coup de cœur de ce voyage ?

Si c’est un lieu, le Vercors. Un lieu à découvrir, 5 jours d’autonomie sans route, sans voiture, en pleine nature, sur des hauts plateaux. Des sources à trouver pour avoir de l’eau, de minuscules cabanes pour s’abriter, des milliers de moutons en transhumance, de belles rencontres, de beaux chemins pour les ânes… Tout simplement magnifique.

Si c’est une rencontre, ce serait Sylvie et Gilles qui nous ont accueillis spontanément chez eux et, après une brève visite de leur maison, nous ont laissé les clés pour partir à un rendez-vous durant les 2 heures suivantes. Nous avons dormi au chaud durant une nuit glaciale durant laquelle l’eau des ânes a gelé. Merci à eux pour leur confiance qui nous a fait chaud au cœur.

A faire autrement ?

Nous ne serions pas passés par la côte méditerranéenne. Bien sûr, nous avons adoré les baignades et Eliot a joué au sable des heures. Mais l’accueil a été très varié, allant de très bon à une expulsion par la police, alertée par un gardien très pressé de nous voir déguerpir. Concernant les ânes, nous avons eu de la peine à trouver des prés pour manger et se poser. L’intérieur des terres, plus rurale, aurait, sans doute, été plus propice aux rencontres et à l’accueil de nos bourricots.

 

D’autres projets ?

Pour le moment, nous sommes montés tout récemment à l’alpage avec nos deux ânes. Nous passons la saison estivale (mai à octobre) aux Poutes Paluds, deux chalets entre la vallée du Motélon et du Gros Mont, vers Broc-Charmey.

60 génisses attendent d’y monter, ainsi que des poules, et peut-être d’autres animaux. Un jardin alimentera notre cuisine, rêve porté par Sonia depuis toujours, mais à expérimenter, car tout ne pousse pas bien à 1’400 mètres. On verra bien. Cette expérience nous enthousiasme tous, petit et grands. Eliot veut changer de métier, « tournevissier » qu’il était durant le séjour en Espagne, il va se convertir en « faiseur de feu » pour les 6 mois du chalet. A surveiller de près.

Et après ? Après, c’est après, on verra bien et on vous en dira plus en temps voulu. Plusieurs idées en tête, quelques projets, alors il faut les laisser mûrir. Chaque chose en son temps.

Nous vous annonçons aussi que, n’ayant pas ou peu de réseau au chalet, nous ne pourrons pas alimenter ce blog régulièrement.

Le dernier mois

Notre année sabbatique n’est pas encore terminé et Eliot fait déjà la première page d’un magasine à ne surtout pas acheter, ça donne trop envie de voyager. Carnet d’aventure vous met dans la tête pleins de voyage en tout genre, non motorisé, plus ou moins long. Le numéro de mars-avril 2012 présente un dossier spécial voyager avec des enfants et nous avons mis un article. Plus d’infos sur http://www.expemag.com.

 

A part cet événement exceptionnel, il semble que, dans la vie sédentaire, il y ait moins de choses intéressantes à raconter. Toutefois, notre vie est variée et bien remplie.

La taille des oliviers continue de nous occuper afin de leur donner un regain d’énergie avec l’arrivée du printemps. Les bourgeons éclosent un peu partout, surtout les amandiers avec leurs fleurs d’un blanc rosé. Malgré le manque d’eau (il n’a pas plus depuis presque 4 mois), la nature nous offre les fleurs de plusieurs plantes : aloé, romarin, thym et bien d’autres.

Plongé dans cette nature en effervescence, Eliot demande : « dis, papa, si on met une crotte d’âne dans la terre, on y a un petit âne qui pousse ? »

 

En souvenir de chez nous et surtout pour notre petit gars, nous voulons fêter le carnaval. Eliot se déguise en chevalier et c’est le village de Roquetes qui est choisi. Le cortège est coloré des costumes de tout un chacun qui souhaite y participer et d’un groupe de fifres et tambour. Quoique sympathique, mais il ne vaut pas nos carnavals de Bulle ou Broc.

 

Nous avons fait une escapade en montagne. Les abords du Delta de l’Ebre sont plats, mais laissent très vite la place aux montagnes . Nous avons grimpé au Mont Caro, le plus haut à 1’442 mètres, en voiture cette fois.

La vue est époustouflante et le contraste saisissant entre la mer que l’on voit au loin et de grandes chaînes de montagnes juste à côté. Eliot a eu la chance de toucher à quelques taquons de neige. Sur le bord de la route, des bouquetins effarouchés nous regardent du haut de leur rocher.

Une grande différence nous est arrivée depuis quelques jours : nous avons une voiture et une bétaillère. Le retour se rapproche de plus en plus et c’est bien comme ça. Nous avons passé des moments merveilleux dans notre voyage, des rencontres sensationnelles, des événements uniques, des images pleins la tête, des odeurs enivrantes et pleins d’histoires à raconter. A présent, l’année touche à sa fin et nous sommes contents de rentrer, de retrouver nos amis et la famille.

A la fin mars 2012, nous quitterons la maison parmi les oliviers pour rentrer en plusieurs étapes et retrouver des amis sur la France. En principe, à Pâques, nous serons de retour en Suisse.

Vie et activités en esp’âne

Notre séjour à Tortosa (en Espagne) suit son cours et tout va pour le mieux. Notre vie sédentaire nous fait presque oublier de renouveler le blog.

Actuellement, nous vivons les jours les plus froids de notre hiver. La température est descendue sous les O°C et l’eau des ânes a gelé. Mais nous n’en sommes pas au -15°C, voire -20°C de la Gruyère. Heureusement, les ânes ont un abri pour se protéger du vent et du froid.

Nous consacrons notre temps à différentes activités. La principale est la taille des oliviers. Dans un premier temps, il s’agit de dégager la base du tronc de toutes les repousses en les cassant avec un piochon.

Ensuite, la taille proprement dite. Olivier s’occupe des plus grosses branches en hauteur. Il coupe les «  piquets » qui partent droit haut et dégage le centre de l’arbre pour lui donner de la lumière. Sonia taille les branches sèches depuis le bas.

Ensuite, il faut couper et entasser les grosses branches pour du bois de feu. Le reste est brûlé sur place. La commune délivre des autorisations de faire des feux durant 3 mois. C’est important de profiter d’un jour sans vent pour cela. Les derniers feux sont mercredi 1er février 2012.

Avec les grands-parents d’Eliot, nous faisons des grillades directement sur les braises. La fourche sert de grille pour tenir le train de côtes de porc sur le feu. Malheureusement, une pique veux enfourcher la main de grand-papa, mais il s’en sort bien. Rien de trop grave.

D’autres activités remplissent nos journées, comme ballade à vélo ou à pied, cuisine, travaux d’entretien, lessive (à la main, ça prend une grande ampleur avec un petit gars à côté), trie des photos, mise au propre du carnet de bord et encore mosaïque. A cette dernière, Sonia et Eliot s’y prête avec délice et minutie. Sous-plats ou assiettes sont décorées avec des restes de carrelage et les résultats sont bien sympas.

Eliot aime faire du béton. Il prend du sable qu’il mélange avec de l’eau. Puis il brasse et brasse. L’autre matin, il a eu de la chance, car le béton a bien pris (en fait, l’eau a gelé).

Nous avons trois poules qui commencent à faire des œufs. La journée, elles picorent gaiment autour de la maison. Eliot est champion pour les faire rentrer au poulailler. Il lance son appel et elles accourent vers lui. Il faut bien les protéger du renard. Une nuit de grand vent, un objet tape contre des barres de fer dehors. Eliot se réveille pour faire pipi. Il demande ce que c’est ce bruit : « C’est peut-être le renard qui frappe à la porte ! » dit-il. Olivier le rassure en disant que le renard est blotti dans sa tanière pour avoir un peu chaud. Quelques secondes passent et Eliot réplique : « Mais alors, on peut sortir les poules. » Il est 3h du matin !

Nous faisons peu à peu connaissance avec notre voisinage :

l’espagnol d’à côté (sauf que nos notions d’espagnols sont peu développées pour entretenir une conversation avec un espagnol bien trempé),

une voisine Luxembourgeoise, qui est là de temps en temps,

un peu plus haut, une genevoise qui a des chevaux. Elle a pu nous organiser un rendez-vous avec un maréchal ferrant. Les sabots de nos quadrupèdes sont sains, car le climat sec d’ici leur convient bien. Sauf, que ces derniers jours, un problème avec les fourchettes (partie du sabot et pas vaisselle !) nous tracassent. Affaires à suivre de près.

La maison est à présent bien équipée. On ne manque presque de rien. Nous avons la lumière grâce à un panneau solaire et une batterie. Il existe des ampoules 12V qui utilise 1,5W et éclaire comme du 60W. Notre ordi peut se charger la journée sur le panneau solaire avec un transformateur. Au pire des cas, une génératrice peut nous fournir du courant. Un frigo tourne au gaz et une gazinière avec un four permet de cuisiner et faire du pain.

aloé vera

Le seul petit hic est l’eau qui reste l’élément le plus vital pour vivre. Il y a deux réservoirs qui récupère l’eau de pluie. Cette dernière passent dans les robinets, dont une douche (youpi !). Comme elle n’est pas bonne pour la consommation, il nous faut remplir ailleurs des bidons pour cuisiner et boire. Pour cela, nous devons emprunter ou louer une voiture. Merci à Geertje qui nous dépanne souvent. Ce n’est pas toujours simple de vivre sans voiture, surtout à 8 km du premier magasin et village, mais on s’en sort. A pied avec les ânes, c’est presque trop loin. Nous y allons quelques fois en vélo, avec Eliot dans un siège porte bagage. Nous sommes motivés par le côté écologique de notre vie, mais serons tout de même contents de retrouver une voiture le mois prochain.

Ces jours, avec ce froid, nous chauffons un peu la maison grâce au poêle de la cuisine et un chauffage à gaz dans les chambres-salon (une grande pièce, séparée par un demi-mur sans porte). Nous mettons les couches de polaires pour se réchauffer. Toutefois, ce froid est passager, car la plupart du temps, nous dînons dehors au soleil.

Nous parlons de plus en plus du retour, prévu pour dans deux mois. Nous allons passer l’été dans un alpage comme garde génisse. Une nouvelle expérience dans le prolongement de notre voyage, mais cette fois, dans notre verte Gruyère.

Palabres rom’âne’sques

Apollon : « Voilà des semaines que nous sommes arrêtés dans un parc. C’est vrai qu’avec toute cette longue marche, on était bien au début. Mais à présent, c’est longuet. On a besoin de se dégourdir un peu les jambes. Heureusement, on va promener le petit de temps en temps. »

Basil : « Ici, l’herbe est sèche. Mais le maître n’est pas très intelligent. Il croit qu’un bout de ficelle nous retient. Tu parles. Lors d’une ballade, on a bien vu qu’il y avait de l’herbe verte à certain endroit. Alors, quand il a le dos tourné, je file entre les fils et je vais manger l’herbe ou les haricots de l’arbre du voisin. Pas l’herbe du voisin, car c’est que des cailloux. »

Apollon : « Tu as de la chance toi. Quand tu sortais, il te remettait dedans sans mesure. Mais quand c’est moi qui suit enfin sorti, il nous a attachés. Et puis un jour, il nous a fait un magnifique parc, mais il a fallu que l’on touche le fil du museau et là, bonjour les dégâts. Pas très agréable cette clôture électrique. »

Basil : « Ouais, t’as raison, depuis, on ne peut même plus filer. »

Apollon : «  On leur a donné un peu de fil à retordre, pour pas qu’ils nous oublient. Bon, c’est vrai que chaque matin, le petit vient nous donner un bout de pain sec ou une carotte. Je l’aime bien celui-ci. Quand il vient sur mon dos avec sa nouvelle selle, il est bien plus léger que les anciens bagages. »

Basil : « Dis plutôt qu’il te mène par le bout du nez. Quand il veut te faire trotter, tu obéis comme si tu avais mon âge. Moi, il ne m’a pas comme ça ! »

Apollon : « Bah, ne te plaint pas, ils ne sont pas méchants nos maîtres. Ils sont un peu bougres, mais on est bien ici. »

Basil : « Oh oui, tant qu’ils ne nous remettent pas dans cette chariote du diable qui nous secoue pendant des heures pour se retrouver dans un endroit inconnu, tout va bien ! »

Noël et Nouvelle ânée

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Durant les fêtes de Noël et Nouvel An, nous avons de la visite. Les parents de Sonia viennent pour quelques temps. Laurianne et Christophe sont là 10 jours autour de Nouvel An.

Ces fêtes sont bien préparées en réalisant des décorations nous-mêmes avec de la récup. Un pin de Noël trône au milieu de la chambre d’Eliot qui fait aussi office de salon.  Olivier a réalisé une maison en bois… d’olivier pour abriter la crèche

La cuisine s’active pour préparer des biscuits de Noël, biscômes et autre terrine de fois gras maison version grand-papa (mmiam). Les fouets s’agitent à la main pour déguster une mousse au chocolat. La maison s’habille de fête et nos cœurs sont en joie.

Après le Nouvel An, nous prenons des « vacances » et partons 3 jours en train pour accompagner Laurianne et Christophe prendre leur avion à Barcelone. Une halte à Port Aventura pour vivre encore un peu la magie des fêtes, puis c’est la grande ville. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée et de multiples touristes inondent Barcelone. Gaudi marque cette ville de son art et nous visitons le parc Guell. La Sagrada familiale, bénie par le pape et montée au rang de basilique, ne nous verra pas en son antre, au vue de l’immense fil d’attente. Néanmoins, avec un soupçon de regret. Nous l’avions visité en 2000, mais la construction a bien avancé depuis. Tant pis, la vie est fait de choix à prendre.

 

Après deux jours à déambuler dans cette immensité urbaine, nous avons plaisir de prendre le train pour retrouver notre coin de nature. Toutefois, le retour sera long, plus long que celui de nos visiteurs rentrés en avion. Un problème sur les voies, un mort semble-t-il, retarde notre rentrée de 3h et arrivons à 00h40 au lieu de 21h45. Heureusement, nous n’avons pas un avion à prendre.

 

A notre retour, nous assistons à une grande fête en Espagne, celle des rois. Le 5 janvier au soir, à Tortosa, nous voyons arriver les trois rois mages par le fleuve de l’Ebre, sur une sorte de radeau. Des feux sont allumés le long de l’eau. Une fois sur la terre ferme, le cortège s’avance jusqu’à la place de la mairie pour un discours.

Puis un énorme cortège se joint aux rois, mélange de St Nicolas et de Carnaval. Plusieurs fanfares, des fifres et tambours, des personnages de conte déguisés (Aladin, Pinoccio, …) défilent avec les 3 rois mages. Ces derniers lancent des tonnes de bonbons à la foule immense, à la grande joie des petits et des grands. Les grands-parents ne regrettent pas d’être resté une journée de plus pour voir cette fête.

Pause hivern’âne

Nous quittons Borrassa pour Port Aventura, près de Tarragone, où nous passons l’anniversaire des 4 ans de notre chérubin (19 octobre). Les grands-parents d’Eliot nous y accompagnent. Un parc d’attraction avec de multiples animations pour les petits, quelle joie. Cela dénote avec les jouets du voyage, mais un peu de modernité ne fait pas forcément de mal.

Ensuite, nous prenons la direction du Delta de l’Ebre pour découvrir la maison de Claudy, un ami. Une résidence très simple qui correspond à l’esprit de notre voyage : sans eau courante, ni électricité. Cela nous rappelle la valeur des gestes très simples comme ouvrir un robinet ou peser sur un interrupteur. Après quelques aménagements, nous pouvons y vivre avec un peu de confort et certainement y passer l’hiver.

L’envie de se poser quelque part, dont nous parlons dans notre dernier article, correspond étrangement à une crise dont parle le dernier numéro du magasine Carnet d’Aventure (que l’on vous recommande vivement : www.expemag.com ) : dans les années sabbatiques, il y a très souvent une crise après 6 mois avec l’envie de faire un break, de se poser, de cuisiner… Tiens tiens…

La maison se situe près de Tortosa à une dizaine de km de la mer. Au milieu des oliviers, nous sommes en plein cœur de la nature. Nos quatre poules se promènent en liberté autour de la maison. Nos ânes ont un immense parc où l’herbe commence à pousser grâce aux quelques averses qui ont traversé la région. La nuit de samedi dernier (19 nov.), nous avons eu un orage terrible et une forte pluie toute la nuit. La rivière en bas de la maison, à sec toute l’année, s’est engorgée et a coulé à flot, rendant impraticable la route qui la traverse et arrive à notre maison.

Malgré cette pluie, la météo est très clémente dans ce coin, le Delta possède un microclimat plus doux que le nord de l’Espagne. Le soleil a vite fait de réchauffer l’air.

Nous avons fait une virée vers le Delta de l’Ebre pour voir la mer et même nous y baigner le 1er novembre. Il y a une réserve naturelle où nichent une multitude d’oiseaux. L’on y cultive le riz, l’orange, la mandarine et d’autres légumes. Un peu plus loin,  on quitte la platitude du Delta pour se diriger vers les montagnes et là commencent les champs d’oliviers à perte de vue. Les montagnes ne sont pas loin et leurs crêtes, garnies d’éoliennes, culminent à 1’000 m.

Nous profitons des arbres qui nous entourent pour faire de l’huile d’olive. C’est toute une expédition. Tout d’abord il faut débroussailler et tailler la base de l’arbre. Ensuite, poser un filet au sol et, à l’aide de peignes spéciaux ou de nos mains, enlever les olives.

Celles-ci sont réunies au milieu du filet et entassées dans les sacoches des ânes. Et oui, ce sont eux qui vont transporter les 150 kg de fruits jusqu’à la maison, car le terrain est grand. A la maison, les olives sont triées et réunis dans des cageots. Quelques jours après, nous les apportons au moulin.

Alors le processus de l’extraction de l’huile commence : concassage des olives, brassage, mise sur des plateaux ronds en osier superposés et pressés pour en extraire l’huile, séparation du jus aqueux et de l’huile. Une fois à la maison (environs 24 litres), il faut encore attendre 3semaines pour la consommer, afin qu’elle  perde son acidité. Une expérience très intéressante dont on se souviendra longtemps, mais surtout à chaque fois que Sonia va cuisiner avec de l’huile d’olive, le geste sera emprunt de toute une histoire.

Nous avons repris notre vie sédentaire et aussi les activités qui vont avec : travaux de la maison, jardinage, bricolage, cuisine et entretien des 130 oliviers, euh pardon des 131 Oliviers, mais le dernier demande un entretien différent !!! Eliot a pris ses aises dans ses quartiers d’hiver et cela a l’ai de très bien lui convenir.

Un grand merci à Claudy de nous permettre de vivre cette belle expérience dans ta maison.

Un grand merci à Gertie pour les divers services que tu nous rends.

Viva Espana

Nous sommes au pied de la frontière espagnol. Ce matin du 3 octobre, au départ d’Arles-sur-Tech, il nous faut monter ce que l’on a descendu sur l’autre versant . Quelques 900 mètre de grimpette sur une bonne piste remplie de châtaignés. Au moment du pique-nique, Olivier croque un morceau de saucisson et c’est un morceau de molaire qu’il ressort de sa bouche.

L’arrivée en haut du col nous offre une vue  toujours aussi grandiose sur les Pyrénées espagnoles. Ce Canigou au loin (photo ci-dessous), nous l’avons vu depuis le canal de la Robine, l’avons contourné et le verrons encore souvent.

Ces montagnes si hautes, si belles, si fières m’invitent à regarder plus loin, plus haut, à m’émerveiller devant toute cette beauté et à dire merci pour tant de magnificence, d’élégance, de douceur dans les formes.

Nous arrivons en vue du mas où nous souhaitons dormir. Il n’y a personne, zut. A la tombée de la nuit, nous montons la tente, résolus à rester là. C’est seulement vers 21h qu’une voiture arrive. Olivier sort pour discuter et nous pouvons rester pour la nuit.

Le lendemain, nous passons la frontière espagnole à la borne 546. Dans la longue descente sur Tapis, nous avons la chance de voir un daim qui nous regarde un instant, curieux, et s’enfuit dans la forêt de chênes lièges. Plus bas, les ânes dressent l’oreille et s’arrêtent. C’est un marcassin qui s’enfuit en courant rejoindre sa maman. Cette dernière dévalent la pente abrupte avec ses petits en faisant un grands fracas dans les feuilles sèches. Nous restons tout étonnés d’avoir entrevu des sangliers en plein jour.

Au village de Tapis, nous allons à la place jeu à l’entrée du village. Il y a quelques personnes âgées bien sympathiques qui nous laissent monter la tente à côté des jeux. Les ânes trouvent un pré juste derrière nous. Notre premier soir en Espagne reçoit un très bon accueil et nous encourage pour la suite.

 

Nous traversons une immense forêt de chênes lièges au tronc dégarni de leur écorce. Au village de Maçanet, un couple  franco-hispanique, Lucette et Xavier, nous aide en faisant les interprètes auprès de la mairie. Cette dernière se plie en quatre pour nous chercher des chemins et un logement pour la nuit. Merci à chacun pour l’énergie mise à notre disposition. Nous pourrons dormir dans une salle de 200 mètres carré, la plus grande du voyage pour 5 euros par adulte.

 

 

Il faut dire que nous n’avons ni trouvé ni réussi à  télécharger la carte pédestre de l’Espagne pour le GPS. Donc, retour à la bonne vieille méthode des cartes. Les chemins en Espagne, sont plus ou moins bien indiqués, selon les tronçons. Les cartes pédestres au 1 : 25’000 n’ont pas les sentiers balisées et celles au 1 : 50’000 contiennent certains itinéraires et pas d’autres. Il est difficile de trouver une bonne carte.

La fatigue et la lassitude nous décourage de plus en plus de monter la tente tous les soirs. Nous réalisons que même si de nombreux hommes et peuplades sont nomades, ils ne le sont pas au quotidien. Ils se déplacent selon les saisons et la nourriture et laissent leur campement plusieurs semaines ou mois au même endroit. Eliot demande souvent combien de temps on reste ici. Ce n’est pas le problème de marcher ou de dormir sous tente, nous y dormons très bien. Le problème c’est l’installation et le rangement.

A Darnius, nous rencontrons des compatriotes qui tiennent un hôtel et nous proposent de nous héberger dans une caravane pour pas cher. Bon compromis qui nous permet un jour de repos. Notre chemin nous fait longer un bon moment une rivière très agréable. Au Pont-de-Molins, nous rejoignons un des chemins de Compostelle pour quelques km.  Une certaine nostalgie nous anime sur ce chemin rempli d’histoires.

A plusieurs reprises, nous avons de la peine à trouver notre route dans les villes et villages. Par exemple, dès l’entrée de Figueres, nous perdons la trace du balisage. A tâtons, dans le calme et la confiance, nos yeux suivent le soleil et ne sont plus rivés sur le GPS. Finalement, nous retrouvons les panneaux à la sortie. Bizarre, il nous semble avoir développé, depuis le temps, un certain sens de l’observation pour trouver les panneaux !?

Cette région de l’Espagne regorge de porcherie. L’odeur délicate des cochons nous arrive en plein nez, encore plus prononcé avec la tramontagne. On se croirait presque chez nous quand les paysans purinent. Après Borrassà, nous trouvons un gite rural très accueillant, chez Léo et Luis, où nous passons quelques jours de repos. Cela nous permet d’envisager la suite de notre voyage. Nous sentons que la première partie de notre voyage la plus nomade va gentiment faire la place à une phase plus sédentaire.

Joies et plaintes des ânes

Basile : « Pourquoi nos maîtres ont-il quitté la douceur des canaux ? A part qu’il y avait toujours de l’eau à côté de nous (on n’aime pas trop l’eau vous savez), il y avait de l’herbe verte, de l’ombre et du plat. A présent, c’est montée et descente sans arrêt, les sentiers cath’ânes qu’ils appellent. Notre gosier est sec des herbes sèches. »

Apollon : « Bon, au moins, il ne pleut pas ici. Le pire, c’est quand nous avons dû faire toute une journée de descente, 1’000 mètre de dénivelés qu’ils ont dit. Mon dos en frissonne encore à cause du frottement des bâts. Mon garrot en est tout épilé. »

Basile : « Mais le pire du pire, c’est qu’il a fallu tout remonter le lendemain quelle ânerie. Tu te souviens du passage avec des tubes, cân’adien qu’ils disent. Le maître a dû nous faire passer dans le lit de la rivière. Quelle pente ! »

Apollon : «  Et la fois de l’escalier métallique. Heureusement que j’ai résisté, sinon, bonjour la catastrophe. Je crois qu’ils ont eu quand même peur. On a fait demi-tour. »

Basile : « Mais bon, en même temps, mon burro, quel bonheur de voir du pays, ces montagnes sont belles, il y a pleins de nouvelles saveurs à goûter, des mûres, des cynorrhodons, des olives et toutes ces herbes nouvelles. »

Apollon : « Question bonheur, tu te souviens aussi de cette dame, Monica. Elle a massé mon beau corps tout musclé. Je crois qu’elle avait le béguin pour moi. »

Basile :  « Parle pour toi, les caresses, il y en a que pour toi ! »

Apollon : « De toute façon, tu as toujours été jaloux. Chaque fois que les gens me caressent, il faut que tu me pousses loin pour en avoir plus. »

Basile : « Dis, je crois bien que nos âniers sont fatigués, ça fait une semaine qu’on se repose ici. L’autre jour, dis donc, le maître est monté sur ton dos ! »

Apollon : « Ouais, je l’ai bien senti, il est bien plus lourd que le gamin, mais moins lourd que les bagages… Quoique ?! »

Basile : « Moi, j’ai dû porter les provisions pour une semaine, les sacoches n’ont jamais été aussi lourdes. Quelle ânerie, faire autant de provisions à la fois ! La donzelle doit avoir peur qu’ils aient faim ! »